Таисия


Caroline Pozzo di Borgo, d’après la vidéo Таисия (2015) du duo Robot (John Miller et Takuji Kogo) diffusée sur leur chaine YouTube.

À propos de la figure de la poupée russe. Autrement dit, une figure aux caractères anthropomorphes. Plus particulièrement à propos de la septième poupée ; un ensemble de poupées contenant sept poupées.

Dans le cadre du programme de recherche, j’ai réalisé un travail photographique, en photographiant la septième poupée gigogne d’un ensemble que j’avais en ma possession. La septième, soit la plus petite mais surtout la plus importante symboliquement et qui n’apparait pas dans la vidéo. Imitant les traits d’une femme russe de la campagne, corpulente et robuste, je l’ai photographiée en gros plan essayant de révéler sa figure simplifiée à l’aspect étrange.

J’ai choisi d’invoquer la figure de la septième poupée, pour son apparence mais surtout, de sorte à faire apparaitre une évidence qui concerne l’utilisation de l’anthropomorphisme, pour narrer un évènement « hors champ » et donner un état dramatique au récit qu’ont choisi de nous raconter ces deux artistes.

Dès lors, je me suis demandée, comment cet état dramatique se lie à l’utilisation de l’anthropomorphisme, et pourquoi plus généralement, son utilisation excessive dans la culture, influe sur nos comportements et notre manière de penser ?

Comme s’il s’agissait de rendre plus proche un état de tristesse, face à un sentiment de solitude affective, par la  relation entre ce qui est humain et avec ce qui en adopte l’apparence.

En l’incarnant dans l’objet poupée, qui se situe dans le « champ » de la vidéo, et nous parle ce qui se passe hors champ. À mesure que le « texte » chanté, extrait de petites annonces de sites de rencontres, défile à l’allure d’un karaoké et invoque le sentiment de solitude affective des personnes qui les ont écrites, la poupée, s’invoque elle-même et se démultiplie à l’écran.

John Miller et Takuji Kogo, tournant cette forme d’expression directement liée à la culture Internet, en dérision « aimable », comme si quelque chose continuait de séparer ces personnes de la réalité.

En effet, poussés par leur désir d’aller à la rencontre d’autrui, et de chanter à l’unisson avec l’être aimé, ces personnes livrent une partie de leur histoire aux interprétations. Et la toile de fond du travail de ces deux artistes sur la question de la «  circulation  » et du «  libre accès » sur Internet, complexifie l’usage récurrent de l’anthropomorphisme dans nos modes de communications.  Ainsi, les paroles de ces petites annonces trouvent une répercussion immédiate dans l’imagerie de la poupée gigogne qui incarne leurs manques d’affectifs, mais plus largement nos affects.

De cette manière, lorsque je détourne la figure de la septième poupée russe, je tends à accentuer la question des affects et la mise en abîme de l’anthropomorphisme dans un récit dramatisé, pour l’étendre au-delà du cadre de cette vidéo, autrement dit à chacun mais dans son usage symbolique, par opposition à son utilisation dans un récit. L’image de cette septième poupée incarne une idée et doit nous faire réfléchir dans notre intériorité et sur les liens qu’on entretien avec ce qui constitue, l’extérieur, dans le quel nous évoluons.

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